JOUR 30: Rafting sur le Río Jatunyacu
Après un délicieux petit déjeuner pris au resto attenant à notre hostal, nous nous rendons au bureau de l’agence Aqua Extreme, où nous avons réservé une excursion hier pour 45$. C’est un peu le chaos dans le bureau; une jeune femme finit de remplir les sacs de nourriture pour notre lunch, des gars sortent le raft et le hissent sur le toit d’une camioneta et un jeune garçon s’occupe de trouver des chaussures en toile à notre pointure. (N’en trouvant pas à mon pied, nous devrons arrêter en acheter une paire au marché). J’ai de la difficulté à comprendre qui est qui, mais nous faisons les présentations pendant les quarante minutes de trajet jusqu’au río : Tovi, notre guide, sa sœur Karina (qui apprend à être guide), son petit frère Diego et deux de leurs amis, Mauricio et Javier. Comme Valérie et moi sommes les deux seules touristes à s’être inscrites, ils ont invité des connaissances… et c’est tant mieux : plus on est de fous, plus on rit, et moins il y a de touristes avec nous, plus on pratique notre espagnol!
Après avoir traversé quelques villages autochtones plutôt modestes, nous atteignons le Río Jatunyacu, qui signifie « grande rivière » en langue quechua. Il faut s’habiller convenablement : Tovi me convainc de ne garder que mes shorts plutôt que mes pantalons, puis j’enfile un manteau coupe-vent, un gilet de sauvetage et un casque… avec les fameux souliers de toile. Bah! Ça fait changement des bottes de caoutchouc! Nous prenons place dans le raft et écoutons attentivement notre guide qui nous explique diverses règles de sécurité et les Cinq Commandements : « alto » (haut), « adelante » (en avant), « atrás » (en arrière), « derecho atrás » (droite en arrière) et « izquierda atrás » (gauche en arrière)… et nous sommes prêts à partir! Je suis assise à l’avant avec Valérie. Au début c’est très calme, puis il y a des rapides… yééé! Disons que ça bouge beaucoup plus qu’à ma première expérience de rafting en Alberta : le raft lève, penche, on boit la tasse! Heureusement pour nous, l’eau est très propre et ne goûte pas trop mauvais. Val et moi sommes tout confuses : chaque fois que Tovi lance un commandement, il nous faut le traduire dans notre tête pour ensuite pouvoir l’exécuter, et le processus prend quand même quelques secondes! Nous nous mélangeons plus d’une fois!
Après quelques temps Tovi décide de me jouer un vilain tour. Il arrive derrière moi et me demande « Mais qu’est-ce qu’il a, ton pied? », je réponds qu’il n’a rien, mon pied! Mais il insiste : « Je peux voir? », et comme je lève la jambe pour lui montrer, il m’agrippe et me lance à l’eau! Aaaaarrrrrggghhh!! C’EST GELÉ! Je rigole bien car il doit faire la même chose à tous les touristes… Il invite alors Valérie à me sortir de l’eau selon la technique qu’il nous a apprise un peu plus tôt : en tirant par les épaules du gilet de sauvetage. Au moment où elle prend position… il la jette à l’eau elle aussi! Hahaha! C’est vraiment comique… mais *%$#@! que c’est frette!!!
Nous passons ensuite des rapides qui portent le nom de « Casa de los suegros »; l’occasion pour moi d’apprendre que « suegros » signifie « beaux-parents ». Tovi déclare, l’air grave, que si tous les beaux-parents du monde sont comme ces rapides, il ne veut jamais se marier! Et en effet, ça brasse! Un peu plus loin, je fais face à ma première mauvaise expérience de la journée : Tovi nous dirige tout droit sur un gros rocher lisse en plein milieu du río, le choc se fait sentir, le raft penche et je tombe à l’eau… non seulement je tombe à l’eau, mais je me retrouve en-dessous de l’embarcation, et je ne suis plus capable de remonter à la surface car les courants me maintiennent en place! Je déteste la sensation de panique qui m’envahit, je me sens coincée, prise au piège! Tovi me dira plus tard que je ne suis restée que quatre ou cinq secondes sous l’eau (ça prendrait une trentaine de secondes pour mourir d’asphyxie) mais ça me paraît bien plus long! Finalement, je remonte à la surface, je prends une grande respiration au cas où je coulerais à nouveau et m’étends sur le dos, en position de sauvetage. Quelqu’un me tire de là et j’atterris brutalement dans le fond du raft, à bout de souffle, étourdie et plutôt incommodée par cette courroie du gilet qui me passe entre les jambes… mais qui m’a sauvée, après tout.

Même si je suis persuadée « avoir failli mourir » (pour reprendre la célèbre expression de Val), pour Tovi et ses amis ce n’est que la routine et le raft continue sa descente du Jatunyacu. Les passages tranquilles succèdent aux rapides et aux redoutables « washing machines » (l’eau qui passe par-dessus un rocher et qui forme un tourbillon à la verticale de l’autre côté); entre tout ça, nous avons un peu de temps pour admirer les paysages, qui sont superbes malgré les nuages et la grisaille.

Nous arrêtons pour dîner sur le terrain d’une famille quechua. Mauricio et Diego préparent le repas : guacamole, thon, pain, fromage, légumes, ananas et… biscuits Oréo! Pour terminer le repas en beauté, la mère de famille nous taille des morceaux de canne à sucre. C’est nouveau pour Val et moi et c’est plutôt bon, mais il ne faut pas en abuser! Je trouve les petits canetons qui n’ont pas de plumes au cou bien marrants…

Il nous reste beaucoup de chemin à faire, il faut se remettre en route. Fini la grisaille, il fait beau soleil et très chaud à présent! Je ne pense même pas à sortir ma crème solaire, et pourtant je devrais… Une leçon que j’ai apprise au cours des dernières semaines : ne jamais sous-estimer le soleil équatorien! Toujours est-il que le « banc » sur lequel je prenais appui est dégonflé et j’ai à présent beaucoup moins de stabilité et d’équilibre sur le raft… comme je peux le constater! Je me retrouve encore sous l’embarcation, j’en mange un bon coup sur la tête (ça m’assomme et je vois des taches grises et noires), j’ai mal au cœur (je viens de manger, tout de même!) et je perds ma rame! Mauricio, qui nous suit en kayak depuis le début, s’empresse d’aller la récupérer. Je me dis maintenant que j’en ai marre de tomber à l’eau, surtout que je suis la seule à qui ça arrive (c’est vrai, quoi, personne d’autre n’a foutu le camp du raft!)…
Comme le dit le dicton « jamais deux sans trois », je tombe à nouveau, mais à mon grand soulagement, je ne vais pas me balader sous le raft, je reste à la surface! Cependant, on est en plein milieu des rapides, le courant est fort, je dérive rapidement et je vois mes compagnons ramer comme des forcenés pour me rattraper. Je n’ai pas peur du tout cette fois, mais Valérie me confiera plus tard qu’elle était effrayée car je me dirigeais tout droit dans des washing machines; j’aurais été sûre d’y rester prise! OUF! J’y ai échappé belle, mais je crains une autre chute…
Un peu plus loin, nous accostons sur une plage de galets longée par une falaise, dans laquelle est creusé un profond canyon. Là, annonce Tovi, nous allons voir des chauve-souris. Val et moi sommes emballées par l’idée. Le canyon mesure tout au plus deux mètres de large, ses parois sont couvertes de mousse, de lianes et de racines enchevêtrées, le sol est couvert de roches de quartz où coule paisiblement un petit ruisseau… avec la lumière du soleil qui perce à travers les feuilles des arbres, c’est féerique. C’est la plus
belle vision de la jungle possible. Nous courons comme des enfants en s’enfonçant dans le canyon, à la merci des alligators et des boas (haha! je rigole), j’ai du sable et des roches plein mes souliers, c’est fantastique. Diego me propose de m’étendre de l’argile dans le visage et Mauricio m'offre une belle fleur pour compléter ma « transformation beauté »! Les chauve-souris se cachent dans un canyon encore plus étroit et maintenant que nous y sommes, nous avons tous la frousse d’y aller; c’est quand même moi qui s’y aventure la première, poussée par les gars. Nous apercevons effectivement quelques-unes de ces pas très charmantes bestioles puis retournons à notre raft. J’ai le cœur brisé en songeant que je n’aurai pas de photo de ce lieu magique, mais je me rappelle que certains moments extraordinaires doivent être vus avec les vrais yeux et les yeux du cœur, et non pas à travers un objectif de caméra…
Tovi nous fait comprendre, sans toutefois nous alarmer, que nous avons du retard sur l’horaire habituel et qu’il faudra nous dépêcher pour terminer l’expédition avant la noirceur. Je rince mon visage de mon masque d’argile mais ma peau reste jaunâtre… oups! Pour cette dernière partie de la descente, je ne tomberai pas à l’eau, mais je me jette très volontiers par-dessus bord à l’embranchement d’un autre río beaucoup plus chaud. Ça fait du bien, car le Jatunyacu est vraiment froid!
Et c’est ainsi que se termine ma belle aventure de rafting en Amazonie… après trois chutes, plusieurs tasses d’eau de rivière avalées et plein de nouveau vocabulaire en espagnol!
Nous passons la soirée avec Javier et Tovi dans un bar de Tena en bordure de la rivière. La musique est pas mal et les cocktails sont excellents! D’ailleurs, pour le prix, je devrais en profiter plus : caipiriña à 1.80$ et piña colada à 2$. Et je vous assure que le format n’est pas du tout comparable aux mini-verres qu’on sert dans les bars québécois! (et la proportion d’alcool non plus!). Malgré la forte tentation de boire quelques consommations de plus, je reste sage et m’en tiens à deux…
Après avoir traversé quelques villages autochtones plutôt modestes, nous atteignons le Río Jatunyacu, qui signifie « grande rivière » en langue quechua. Il faut s’habiller convenablement : Tovi me convainc de ne garder que mes shorts plutôt que mes pantalons, puis j’enfile un manteau coupe-vent, un gilet de sauvetage et un casque… avec les fameux souliers de toile. Bah! Ça fait changement des bottes de caoutchouc! Nous prenons place dans le raft et écoutons attentivement notre guide qui nous explique diverses règles de sécurité et les Cinq Commandements : « alto » (haut), « adelante » (en avant), « atrás » (en arrière), « derecho atrás » (droite en arrière) et « izquierda atrás » (gauche en arrière)… et nous sommes prêts à partir! Je suis assise à l’avant avec Valérie. Au début c’est très calme, puis il y a des rapides… yééé! Disons que ça bouge beaucoup plus qu’à ma première expérience de rafting en Alberta : le raft lève, penche, on boit la tasse! Heureusement pour nous, l’eau est très propre et ne goûte pas trop mauvais. Val et moi sommes tout confuses : chaque fois que Tovi lance un commandement, il nous faut le traduire dans notre tête pour ensuite pouvoir l’exécuter, et le processus prend quand même quelques secondes! Nous nous mélangeons plus d’une fois!Après quelques temps Tovi décide de me jouer un vilain tour. Il arrive derrière moi et me demande « Mais qu’est-ce qu’il a, ton pied? », je réponds qu’il n’a rien, mon pied! Mais il insiste : « Je peux voir? », et comme je lève la jambe pour lui montrer, il m’agrippe et me lance à l’eau! Aaaaarrrrrggghhh!! C’EST GELÉ! Je rigole bien car il doit faire la même chose à tous les touristes… Il invite alors Valérie à me sortir de l’eau selon la technique qu’il nous a apprise un peu plus tôt : en tirant par les épaules du gilet de sauvetage. Au moment où elle prend position… il la jette à l’eau elle aussi! Hahaha! C’est vraiment comique… mais *%$#@! que c’est frette!!!
Nous passons ensuite des rapides qui portent le nom de « Casa de los suegros »; l’occasion pour moi d’apprendre que « suegros » signifie « beaux-parents ». Tovi déclare, l’air grave, que si tous les beaux-parents du monde sont comme ces rapides, il ne veut jamais se marier! Et en effet, ça brasse! Un peu plus loin, je fais face à ma première mauvaise expérience de la journée : Tovi nous dirige tout droit sur un gros rocher lisse en plein milieu du río, le choc se fait sentir, le raft penche et je tombe à l’eau… non seulement je tombe à l’eau, mais je me retrouve en-dessous de l’embarcation, et je ne suis plus capable de remonter à la surface car les courants me maintiennent en place! Je déteste la sensation de panique qui m’envahit, je me sens coincée, prise au piège! Tovi me dira plus tard que je ne suis restée que quatre ou cinq secondes sous l’eau (ça prendrait une trentaine de secondes pour mourir d’asphyxie) mais ça me paraît bien plus long! Finalement, je remonte à la surface, je prends une grande respiration au cas où je coulerais à nouveau et m’étends sur le dos, en position de sauvetage. Quelqu’un me tire de là et j’atterris brutalement dans le fond du raft, à bout de souffle, étourdie et plutôt incommodée par cette courroie du gilet qui me passe entre les jambes… mais qui m’a sauvée, après tout.
Même si je suis persuadée « avoir failli mourir » (pour reprendre la célèbre expression de Val), pour Tovi et ses amis ce n’est que la routine et le raft continue sa descente du Jatunyacu. Les passages tranquilles succèdent aux rapides et aux redoutables « washing machines » (l’eau qui passe par-dessus un rocher et qui forme un tourbillon à la verticale de l’autre côté); entre tout ça, nous avons un peu de temps pour admirer les paysages, qui sont superbes malgré les nuages et la grisaille.

Nous arrêtons pour dîner sur le terrain d’une famille quechua. Mauricio et Diego préparent le repas : guacamole, thon, pain, fromage, légumes, ananas et… biscuits Oréo! Pour terminer le repas en beauté, la mère de famille nous taille des morceaux de canne à sucre. C’est nouveau pour Val et moi et c’est plutôt bon, mais il ne faut pas en abuser! Je trouve les petits canetons qui n’ont pas de plumes au cou bien marrants…

Il nous reste beaucoup de chemin à faire, il faut se remettre en route. Fini la grisaille, il fait beau soleil et très chaud à présent! Je ne pense même pas à sortir ma crème solaire, et pourtant je devrais… Une leçon que j’ai apprise au cours des dernières semaines : ne jamais sous-estimer le soleil équatorien! Toujours est-il que le « banc » sur lequel je prenais appui est dégonflé et j’ai à présent beaucoup moins de stabilité et d’équilibre sur le raft… comme je peux le constater! Je me retrouve encore sous l’embarcation, j’en mange un bon coup sur la tête (ça m’assomme et je vois des taches grises et noires), j’ai mal au cœur (je viens de manger, tout de même!) et je perds ma rame! Mauricio, qui nous suit en kayak depuis le début, s’empresse d’aller la récupérer. Je me dis maintenant que j’en ai marre de tomber à l’eau, surtout que je suis la seule à qui ça arrive (c’est vrai, quoi, personne d’autre n’a foutu le camp du raft!)…
Comme le dit le dicton « jamais deux sans trois », je tombe à nouveau, mais à mon grand soulagement, je ne vais pas me balader sous le raft, je reste à la surface! Cependant, on est en plein milieu des rapides, le courant est fort, je dérive rapidement et je vois mes compagnons ramer comme des forcenés pour me rattraper. Je n’ai pas peur du tout cette fois, mais Valérie me confiera plus tard qu’elle était effrayée car je me dirigeais tout droit dans des washing machines; j’aurais été sûre d’y rester prise! OUF! J’y ai échappé belle, mais je crains une autre chute…
Un peu plus loin, nous accostons sur une plage de galets longée par une falaise, dans laquelle est creusé un profond canyon. Là, annonce Tovi, nous allons voir des chauve-souris. Val et moi sommes emballées par l’idée. Le canyon mesure tout au plus deux mètres de large, ses parois sont couvertes de mousse, de lianes et de racines enchevêtrées, le sol est couvert de roches de quartz où coule paisiblement un petit ruisseau… avec la lumière du soleil qui perce à travers les feuilles des arbres, c’est féerique. C’est la plus
belle vision de la jungle possible. Nous courons comme des enfants en s’enfonçant dans le canyon, à la merci des alligators et des boas (haha! je rigole), j’ai du sable et des roches plein mes souliers, c’est fantastique. Diego me propose de m’étendre de l’argile dans le visage et Mauricio m'offre une belle fleur pour compléter ma « transformation beauté »! Les chauve-souris se cachent dans un canyon encore plus étroit et maintenant que nous y sommes, nous avons tous la frousse d’y aller; c’est quand même moi qui s’y aventure la première, poussée par les gars. Nous apercevons effectivement quelques-unes de ces pas très charmantes bestioles puis retournons à notre raft. J’ai le cœur brisé en songeant que je n’aurai pas de photo de ce lieu magique, mais je me rappelle que certains moments extraordinaires doivent être vus avec les vrais yeux et les yeux du cœur, et non pas à travers un objectif de caméra…Tovi nous fait comprendre, sans toutefois nous alarmer, que nous avons du retard sur l’horaire habituel et qu’il faudra nous dépêcher pour terminer l’expédition avant la noirceur. Je rince mon visage de mon masque d’argile mais ma peau reste jaunâtre… oups! Pour cette dernière partie de la descente, je ne tomberai pas à l’eau, mais je me jette très volontiers par-dessus bord à l’embranchement d’un autre río beaucoup plus chaud. Ça fait du bien, car le Jatunyacu est vraiment froid!
Et c’est ainsi que se termine ma belle aventure de rafting en Amazonie… après trois chutes, plusieurs tasses d’eau de rivière avalées et plein de nouveau vocabulaire en espagnol!
Nous passons la soirée avec Javier et Tovi dans un bar de Tena en bordure de la rivière. La musique est pas mal et les cocktails sont excellents! D’ailleurs, pour le prix, je devrais en profiter plus : caipiriña à 1.80$ et piña colada à 2$. Et je vous assure que le format n’est pas du tout comparable aux mini-verres qu’on sert dans les bars québécois! (et la proportion d’alcool non plus!). Malgré la forte tentation de boire quelques consommations de plus, je reste sage et m’en tiens à deux… 


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